Cérus étant mort désormais, Peitha a insisté pour que nous nous en allions. Eparch nous observait probablement et pouvait nous prendre en embuscade à tout instant. Je l'ai suivie sans hésiter.
À notre sortie du portail, nous étions de retour dans le luxe chaleureux de la Tour du sorcier. La voix de Zojja est la première à avoir percé la foule. Elle s'est précipitée à mes côtés, pour examiner mes blessures. De la même manière, les membres de la Garde astrale se sont rués sur Isgarren. Ils étaient heureux d'avoir à nouveau leur chef, mais le regard de Dagda s'est immédiatement fixé sur Peitha. Pour une fois, quelqu'un d'autre que moi suscitait une réaction importante chez elle.
Peitha, pour sa part, est restée impassible. En fait, elle avait même l'air d'apprécier la nature songeuse de la Jotun. Avant qu'elles ne puissent en venir aux coups, Isgarren a mis fin à toute escalade imminente. Il était chez lui, dorénavant, et il n'accepterait aucune scène de ce type. Aussi curieux que Dagda, Isgarren s'est tourné vers Peitha. Il avait des questions qui nécessitaient des réponses.
Alors que Peitha et Isgarren se dirigeaient vers un endroit plus privé pour converser affaires, Zojja m'a parlé à l'écart. Elle avait enfin pris sa décision. LA décision.
Elle m'a dit à quel point elle avait du mal à affronter ces pensées : n'abandonnerait-elle pas ses amis, les rescapés des Héritiers du Destin, les universités, et les Gardiens de l'Éternité, si elle choisissait de faire son ascension ? M'abandonnerait-elle alors qu'elle venait de me retrouver après tant d'années ? J'ai fait la seule chose possible : je lui ai montré mon soutien. Quoi qu'elle choisisse, voici sa famille. Ces gens sont les siens. Et, quoi qu'il en soit, il me faut emprunter ma propre voie. Quelle que soit la Zojja que je trouverai de l'autre côté, je la soutiendrai de même.
Elle a retenu ses larmes alors que Dagda approchait : Isgarren et Peitha voulaient me parler. Zojja m'a fait signe d'y aller, l'air encourageante. Tout allait bien se passer pour elle.
J'ai rejoint le groupe. Peitha et Isgarren s'étaient déjà disputés. Peitha nous a appris que la situation en Nayos avait dégénéré et dépassait notre entendement. Alors que la guerre faisait rage contre les Kryptis en Amnytas, un autre conflit couvait dans les souterrains de Nayos depuis des millénaires. Les Kryptis ont beau être légèrement irritables, comparés aux normes d'étiquette tyrienne, Eparch est une tout autre créature. Il avait réduit son peuple à du bétail, festoyant de leur corps et de leur âme à son profit. Même avec Cérus hors jeu, nous avions tout juste réussi à lui arracher la victoire des mâchoires.
Peitha faisait partie de la royauté kryptis. Et elle avait besoin de notre aide pour lutter contre son chef corrompu.
Isgarren était entièrement fixé sur l'aspect stratégique, presque clinique, de la demande de Peitha. Il a fait l'hypothèse que permettre à Eparch de mener son monde à la ruine permettrait peut-être d'épargner le nôtre, mais Peitha a balayé cette remarque. Elle a insisté sur le fait qu'Eparch viendrait juste ici une fois qu'il serait repu, revigoré et prêt à partir à la conquête. Et qu'il apprécie beaucoup notre monde. Isgarren a analysé la situation avant de finir par me demander mon avis.
Pendant tout ce périple, Peitha était restée dans mon esprit, et même si j'avais douté de son allégeance jusqu'au moment où elle s'est dressée contre Cérus, elle ne m'a jamais fait de mal. Elle m'a protégé[f:"protégée"] des murmures d'Eparch, elle m'a guidé[f:"guidée"] au combat. Elle a beau être une Kryptis, et nous avons beau ne pas tout savoir de ses objectifs, nous n'avons pas vu tout ce dont Eparch est capable. Et nous ne voulons pas de lui ici.
J'ai proposé d'aller avec Peitha dans son monde. Isgarren, d'abord hésitant, a fini par accepter. La Garde doit récupérer avant qu'il ne puisse nous apporter une aide conséquente, mais dès que Peitha sera prête, je l'accompagnerai en Nayos.
Une fois notre conseil de guerre improvisé terminé, je me suis entretenu[f:"entretenue"] avec mon alliée interdimensionnelle. Pour commencer, seuls[f:"seules"] Peitha et moi embarquerons dans sa mission : elle craignait que le fait d'emmener trop de forces d'Isgarren menace la société des Kryptis dans son ensemble, c'est pourquoi je ferai office de champion[f:"championne"] pour elle pendant que nous rassemblerons du soutien depuis l'intérieur.
Avant d'être attiré[f:"attirée"] à l'intérieur de cette brèche dans les Champs de Gendarran, je me demandais ce qui allait arriver. Comme les dragons ancestraux étaient morts et Aurene s'habituait à jouer son nouveau rôle, je... ne savais pas. Je ne savais pas ce que je voulais, ou ce que le monde attendait de moi. Je suppose que Zojja et moi avons connu le même type de doutes. Mais maintenant, j'ai la sensation que le monde s'est grand ouvert. En découvrant la Garde astrale, j'ai réalisé qu'il existe tout un pan de la Tyrie que je ne connaissais pas. Que personne ne connaît. Et avec l'arrivée des Kryptis, nous allons peut-être voir de nouvelles menaces émerger fréquemment des Brumes à leur place.
La Tyrie doit agir. Nous profitons d'un sursis face à l'assaut des dragons ancestraux, et il n'y a pas de signe de dieux rebelles. Nous devons reconstruire et guérir. Maintenant que les Kryptis sont repoussés jusqu'en Nayos, nous avons le temps de nous organiser. Pour l'instant, en tout cas. J'espère juste qu'Isgarren choisira d'informer le reste du monde de l'existence de cette sombre menace avant qu'il ne soit trop tard.
Peitha m'a suggéré de faire un tour pour revoir mes alliés, pour profiter d'un moment de calme. En effet, dès qu'elle sera prête, nous partirons en Nayos.